La vérité n’existe pas

La vérité n’existe pas.
Raconter une histoire c’est un point de vue, un acte délibéré, limité. On sait parfois quand on commence à écrire qu’aucun protagoniste n’y trouvera son histoire. Avec la meilleure volonté du monde, avec tous les efforts possibles pour recueillir la vision de chacun, un récit objectif reste une utopie. Jorn Riel l’a bien illustré en intitulant ses ouvrages « racontars ». Celui qui écrit ne rapportera qu’une légende, une histoire, des perceptions. Même ceux qui sont partis ensemble se souviennent de choses différentes. Faute de pouvoir dire la vérité, autant parler des émotions de chacun, rapporter ces éléments subjectifs qui font les couleurs de l’aventure. L’intensité d’un moment fait que chacun se souviendra d’une durée différente, le point de vue affecte les formes. Qu’importe les heures, les secondes, les vitesses, les milles, les minutes de latitude, l’aventure est humaine, vécue par des humains. Ce sont nos limites et nos subjectivité qui en sont sa beauté.
Qu’importe les inexactitudes, la vérité n’existe pas.

J’aimerais raconter l’histoire de six hommes que les kayaks ont réunis. Les kayaks sont de drôles d’engins. Formes, couleurs, tailles, aussi disparates que les hommes et femmes qui les montent. Ces navires improbables font naître des passions, bouleversent des vies, leur donnent un sens ou les achèvent brutalement. Platon disait qu’il y a les vivants, les morts et ceux qui sont en mer. Ceux qui appartiennent au monde de la haute rivière sont de la même trempe. Leurs exploits inconnus, leur solidarité sont les même que ceux des gens de mer, alors, parfois, il y a des ponts que certains franchissent.

Un jour de 2016, un appel des Alpes. Une équipe se forme objectif Cap Horn en kayak. Tous pagayeurs aguerris en rivière, mais pas en mer, donc ils appellent le Breton pour leur trouver de l’eau vive digne de ce nom dans l’Atlantique, histoire que tout le monde goûte un peu à l’eau salée. Florent, Stan, Cédric et Raph arrivent en Bretagne, un dimanche de novembre 2016. J’avais contacté quelques uns de ces pagayeurs bretons qui aiment bien l’écume, le vent, les rochers, les sensations que procure ce délicieux mélange quand on le mêle à des kayaks de mer. Vincent a répondu présent. Il avait dans sa flotte le nécessaire pour une semaine de navigation mouvementée, et envie de passer quelques jours à jouer avec nous.

Ces navigations entre gens de bonne compagnie sont une immense détente pour tout le monde. On n’encadre pas, on n’est pas responsable d’un groupe, on profite de moments intenses entre potes. Ensuite, on boit des bières, on refait la journée, le monde et on rêve de l’avenir. Le kayak n’est pas bon pour la ligne. On absorbe toujours plus de calories qu’on en dépense.